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Nous n'irons
plus au bois
par Robert
Faurisson
"..., il
faut observer que ce que j'appelle la
vertu dans la République est l'amour de
la patrie, c'est-à-dire l'amour de l'égalité.
Ce n'est point une vertu morale, ni une
vertu chrétienne, c'est la vertu politique;
et celle-ci est le ressort qui fait mouvoir
le gouvernement républicain,..."
Avertissement
à la seconde
édition de l'Esprit des lois.
La force oratoire des
Anciens tenait à la rigueur de leur argumentation et de la
part qu'ils prirent à l'invention de la démocratie et de la
république. Quand vint le déclin de ces expériences
politiques, la rectitude de leur parole put différer la
décadence civique que fomentaient sous leurs yeux la
méconnaissance, la lâcheté et l'intempérance d'une grande
partie de leurs concitoyens.
Les plus grands instants,
comme les vacillements du droit rappellent ces fondements.
Etablir le droit et rendre la justice sont les signes par
excellence de la santé dont les démocraties sont capables.
Ainsi les lois ségrégatives
de Nuremberg furent-elles en 1935 l'éclat sinistre d'une
démission. Cette ville funeste vit-elle en 1945 la justice
rétablir la sérénité compromise du droit? Pour rechercher
les responsabilités de ces excès guerriers, s'est-elle alors
soumise aux faits et au droit international plutôt qu'à la
houle inquiète de l'énorme tourmente? Il ne le semble pas.
Tout le monde sait en effet
que les Etats vainqueurs se sentant pressés, ou se croyant
tenus, de faire des "exemples", instituèrent un tribunal
spécial et surtout une méthode ad hoc au regard des
exigences de la preuve. Ces facilités rendent toujours ce
genre de règles vulnérables car celles-ci plongent la
punition dans l'arbitraire et font perdre à la sanction ses
raisons et sa vertu. Mais les inconvénients de ces règles
inédites pour établir les fautes semblent déborder de très
loin le problème de la condamnation des vaincus. A négliger
dans la preuve le substrat matériel, celui-ci se trouva
abandonné à la puissance illimitée d'une parole effrénée.
Dans le dire, la tragédie concentrationnaire reprit en
quelque sorte une seconde vie. Libéré de toute attache
empirique, ce drame déjà ancien s'organisa en un récit puis
se planifia.
Outrepassant les lois de la
physique, la vulgate déboucha vite, si l'on peut dire, sur
le merveilleux.
Aujourd'hui, le droit
n'est-il pas toujours et encore indûment requis de s'annexer
la possibilité de juger du vrai en histoire? Ce vrai-là ne
prend il pas, en nos républiques, sa source ordinaire et
suffisante dans la controverse des historiens réputés les
plus sages? Se pourrait-il que ceux-ci n'y pourvoient plus?
Ou bien ne veut-on pas les écouter? Ou pis, ne serait-on
plus en état de les entendre?
C'est en tout cas à
confirmer une vérité historique qu'un demandeur intempestif
convoque le droit en ses juges. On attend de ceux-ci qu'ils
restaurent par le geste sacré de la condamnation infamante,
le tabou défaillant qui prétend barrer l'accès au contenu de
la discussion, en soustrayant à l'examen l'élément essentiel
de l'enquête: l'instrument criminel.
Cette controverse sur le
droit à l'étude de la vie concentrationnaire et en
particulier à l'étude des usages et des moyens d'y
administrer la mort servile, porte à la fois sur l'existence
factuelle et sur la fonction aussi bien subjective que
collective du concept de chambre assassine.
Il convient de distinguer
ici l'existence de l'arme du crime des récits qui
l'affirment en la nommant. Les fresques interprétatives
résultantes sont plus soucieuses d'établir la culpabilité de
qui les contredit que d'examiner calmement les faits.
L'erreur va croissant, et croissent au fil des ans les
dommages qu'elle entraîne. Souvent par elle, la détresse des
proches crie sa pudeur; à rebours, la vérité est parfois
utilisée par la malveillance, mais l'erreur, à la longue,
n'est-elle pas grosse de tous les maux? Pour mettre fin à ce
funeste état des choses, il importe de cheviller avec
douceur les âmes au corps de la vérité. En un mot d'estimer
cette erreur.
Cette erreur n'a pas été, à
son origine, inspirée par le mensonge, ni d'un seul ni de
plusieurs. Elle fut produite dans une rumeur. Moyennant quoi,
en dépit de résistances variées, la rumeur se gonfla en un
récit épique menacant, nourri de vertiges et de terreurs,
mis au service de causes morales diverses et du ressentiment
profitable à quelques-uns. Aucune critique historique ne
contient plus désormais l'intempérance d'imaginations
fiévreuses souvent souffrantes, d'autres fois égarées.
C'est pourquoi les faits,
donnant une limite après tout humaine à la parole, nous
préservent de légendes qui pourraient, telles des épidémies,
affecter la santé psychique de nos concitoyens en les
dessaisissant par leurs allégories captieuses de leur
rapport concret et véridique à la mort. Des travaux sérieux
ont maintenant paru au grand jour. Un jugement inconsidéré
amputerait les historiens d'un domaine d'études qui pour
l'ensemble des problèmes concentrationnaires est une urgence
de la pensée. Un tel jugement ferait aussi accéder une
rumeur ingénue à la dignité de mensonge inondant et officiel.
Or a donc une Ligue
internationale, dont la visée proclamée est de combattre le
racisme et l'antisémitisme, dans l'accomplissement supposé
de sa mission, a signifié, le 14 mai 1982,
les conclusions que nous publions ici. Elles ont été
écrites à la suite d'un appel interjeté par le Professeur à
l'encontre d'un jugement obtenu par cette Ligue devant le
tribunal de grande instance de Paris.
Dans ses conclusions en
appel, la vertueuse Ligue demande confirmation de ce
jugement qui a sanctionné l'accusé pour imprudence (art.
1382-1383 du Code Civil). Ces conclusions réitèrent les
imputations accusatrices portées dans l'assignation
introductive, plutôt que de faire confiance aux motifs
paradoxaux de la condamnation. Les
conclusions du Professeur répondent point par point à
cette deuxième version de l'accusation qui contient des
éléments plus précis que n'en comportait la première.
Les conclusions de la Ligue
d'une part, les conclusions du Professeur d'autre part,
constituent les documents essentiels soumis à la cour par
chacune des parties pour lui permettre d'établir sa
conviction et à partir desquels elle devra rédiger son
jugement. Les plaidoiries, dans un procès civil de cet ordre,
ne servent en effet qu'à présenter et illustrer une
procédure essentiellement écrite.
Nous avons jugé à propos de
soumettre à l'attention d'un public alerté, sinon averti,
les conclusions écrites des deux parties. Elles composent ce
que les Anciens auraient appelé des dissoi logoi, des
discours contradictoires sur un même sujet.
Celui-ci consiste en un
point des plus controversés de l'histoire contemporaine.
Attendu que cela commence à
bien faire, nous avons jugé nécessaire de résumer l'état de
la dispute et d'esquisser les logiques qui la soutiennent et
ce, à l'intention des lecteurs que ces écritures judiciaires
dérouteraient aussi bien que des juges. Un tel exercice
n'est pas inutile pour apprécier le malaise du temps.
Commencons par l'accusation
que porte l'honorable Ligue. Le Professeur est accusé
d'avoir "faussé la présentation de l'Histoire" et d'avoir "volontairement
tronqué certains témoignages tels que celui de Johann Paul
Kremer", professeur de médecine, ayant effectué un
service de soixante-seize jours au camp d'Auschwitz.
Cette falsification et cette
troncation, sur lesquelles aucune indication textuelle n'est
apportée, sont censées constituer une atteinte aux intérêts
des membres de la Ligue. Ces intérêts sont définis dans
trois attendus de l'assignation:
"Attendu que la L.I.C.A.
est une Association régulièrement déclarée, que selon
ses statuts elle se propose de:
-- lutter par tous les
moyens en son pouvoir contre le racisme et
l'antisémitisme qui déshonorent l'humanité,
-- défendre par une
action à la fois préventive et positive le droit à
l'existence et à la paix des victimes du racisme dans le
monde entier,
-- réaliser par l'union
des hommes et des femmes de toutes opinions le
rapprochement des peuples, la paix entre les races et
l'égalité parmi les hommes;
Attendu que la remise en
cause de l'extermination de populations à raison de leur
appartenance à une race, dont l'Allemagne nazie s'est
rendue coupable sous l'influence et les directives du
Chancelier Adolf Hitler et la remise en question des
chambres à gaz qui ont été utilisées comme moyen pour
parvenir à cette "solution finale", constituent une
atteinte aux intérêts des membres de la L.I.C.A.;
Attendu en effet que le
rappel et le respect de la vérité historique qui a
conduit à l'extermination industrielle et organisée de
plus de six millions de personnes en raison de leur
appartenance à une race, par la mise en oeuvre d'une
politique et d'une organisation criminelle, constituent
précisément les moyens de lutte contre le racisme et
l'antisémitisme puisqu'ils permettent de démontrer les
aberrations et les crimes que ces fléaux ont engendrés
au cours de l'histoire contemporaine."
En première instance,
l'accusé fut condamné.
Le jugement ne lui impute
aucune falsification, volontaire ou involontaire. Il ne
relève aucune troncation. L'accusé fut condamné, non pas
pour falsification mais pour imprudence; pour avoir,
semble-t-il, traité d'un sujet trop récent. Le jugement ne
porte nulle part que l'accusé ait été imprudent pour avoir
proféré un quelconque mensonge ou commis une erreur. Le
tribunal se déclare à juste titre incompétent pour trancher
de la vérité en histoire. Le texte du jugement n'écarte donc
pas l'hypothèse que l'accusé ait commis sa coupable
imprudence en disant une vérité.
Ce jugement évoque celui du
célèbre procurateur romain. Ponce Pilate refusa de se
prononcer sur la vérité des accusations portées contre Jésus.
Comme le Christ n'était pas citoyen romain, le procurateur,
injustement décrié, refusa d'entrer en d'obscures querelles
de théologie judaique et dut, par conséquent, abandonner
l'accusé à la haine homicide de Sanhédrin.
C'est sans doute ce qu'eût
souhaité faire le tribunal, présidé par Monsieur Caratini.
Le professeur étant citoyen francais, il ne pouvait pas le
livrer au bras régulier de la ligue. Il le condamna donc sur
ce bien vague motif qui veut tout dire et ne dit en fait que
ceci: "Monsieur le Professeur, vous êtes imprudent parce que
nous vous avons condamné."
L'accusé considère cette
dérobade comme fautive. Il persiste en effet à affirmer que
ce jugement empêche la reconnaissance d'un fait vérace dont
il n'y a pas lieu d'interdire l'énoncé: les chambres
homicides n'ont d'existence qu'imaginaire. Les quarante-cinq
feuillets de ses conclusions exposent une partie des raisons
qui le contraignent à maintenir cet énoncé.
Ainsi, s'il est désormais
imprudent de répéter l'affirmation du Professeur, c'est
uniquement parce que celui qui s'y risquerait encourrait
ipso facto condamnation. Le jugement du président Marcel
Caratini est de caractère performatif, it does things
with words, il crée l'imprudence en la disant.
Si ce jugement était
confirmé, sa vertu performative se transmettrait aux
générations futures et il deviendrait, de fait, imprudent de
soutenir l'énoncé incriminé. On ne pourrait plus décider le
moins du monde si cet énoncé est vrai ou faux. Nos enfants
auraient au moins l'avantage de savoir ce qu'il convient de
ne pas dire, tandis que l'infortuné Professeur n'aura su,
qu'après avoir été condamné pour l'avoir dite, la vérité
qu'il y avait imprudence à dire.
Il y a ici un conflit inégal
entre la logique d'Aristote et celle du président Marcel
Caratini.
La logique d'Aristote pose
en effet que des deux énoncés suivants:
- les chambres à gaz
homicides ont existé
- les chambres à gaz
homicides n'ont pas existé, (elles n'ont pas
d'existence historique vérifiable)
seul l'un est vrai.
La Cour d'appel se trouve
maintenant devant l'alternative:
- ou bien se
prononcer sur le vrai et le faux,
- ou bien se déclarer
incompétente et débouter la Ligue.
On voit mal en effet qu'elle
puisse confirmer le jugement de première instance qu'elle
rendrait ainsi exécutoire. Il serait difficile à la Cour de
Cassation de maintenir un jugement évasif étayé sur un
énoncé performatif qui crée la loi pour éviter de
l'appliquer. Cette difficulté n'a pas échappé à nos voisins
d'outre-Rhin, puisqu'ils envisagent la promulgation d'une
loi qui interdirait la remise en cause des idées recues sur
le génocide et l'holocauste. Des organisations juives
réclament une loi identique en Grande-Bretagne et la
question a même été évoquée au parlement européen. Bien que
la discussion soit en cours depuis près de quatre ans, aucun
projet n'est à ce jour parvenu sur le bureau d'une de ces
assemblées.
Cette solution, qui
retirerait aux juges l'occasion de lourdes et épuisantes
réflexions, n'est cependant pas sans objections et tout
particulièrement celle-ci: il faudrait d'abord rédiger la
loi et, à cette fin, énoncer avec un maximum de précision la
vérité qu'il serait interdit de remettre en question, la "Vérité"
que défend la vertueuse Ligue, et que le législateur aura
alors reprise à son compte, c'est-à-dire au nôtre.
Il serait facile de trouver
une unanimité conformiste pour voter la loi, mais un citoyen
raisonnable se demanderait comment diable il se fait que la
vérité des chambres homicides soit la seule vérité
historique, dans l'histoire du droit laic occidental, qui
ait besoin de la loi pour exister. Car si la vérité
historique des chambres meurtrières est évidente, pourquoi
donc une loi?
En revanche, une loi civile
peut-elle imposer une vérité historique contraire aux
critères de l'évidence tels que les historiens les
définissent? Sera-ce désormais dans le Journal Officiel
qu'il conviendra d'aller rechercher la vérité historique? Si
une telle loi voyait le jour, les ayants droit des victimes
de ces chambres homicides n'auraient-ils pas enfin des
droits sur tous? Ne serait-ce pas la nouvelle division des
classes instituée, cette fois-ci, par la loi? Les ayants
droit des victimes de ces chambres primordiales ne
feraient-ils pas de tous les autres citoyens leurs débiteurs
à raison de ce droit victimaire vraiment nouveau?
Reprenons les deux énoncés
de la controverse:
- les "chambres à gaz
homicides" ont existé;
- les "chambres à gaz
homicides" n'ont pas d'existence historique.
Chacun de ces énoncés repose
sur des travaux qui se prétendent historiques, sur des
documents et sur des arguments. Les travaux qui soutiennent
l'énoncé faux (l'un des deux, rappelons-le, l'est
nécessairement) comportent inéluctablement des observations
lacunaires; leurs documents sont mal interprétés, leurs
arguments contiennent des faiblesses, fussent-elles
involontaires. Mais on pourra y trouver tout aussi bien des
omissions délibérées, voire des altérations, qui ont pour
résultat de falsifier la présentation des documents.
Volontaires ou involontaires, ces fautes sont matérielles,
c'est-à-dire identifiables par une saine méthode de
recherche historique, qui est ici à la portée de tout
lecteur de bonne foi.
Si, d'aventure, ces fautes
ont été commises de part et d'autre, on débouchera sur ce
que les Anciens auraient appelé une disputatio perennis sans
qu'il soit possible de décider lequel des deux énoncés en
litige est faux et ce, jusqu'à ce que de nouveaux documents
apparaissent. Le tribunal, lui, n'a pu considérer que les
documents notoires au moment de l'assignation et le
Professeur les a acceptés dans son argumentation.
Ces considérations sont
d'une austère généralité: elles s'appliquent à toute
recherche historique aboutissant à des résultats faux.
La Ligue honorable avait
donc le choix entre deux solutions:
- soit apporter la
démonstration de la vérité de son énoncé en
apportant une preuve, fût-ce une seule, de
l'existence d'une seule chambre homicide;
- soit apporter la
preuve de fautes rédhibitoires commises par le
Professeur en ses travaux.
En effet, si les chambres
assassines ont existé et si la Ligue cachottière en possède
la preuve, le Professeur sera enchanté de la connaître. Si
la preuve est, cette fois-ci, solide, il n'aura plus qu'à
faire amende honorable. Pratiquons toutefois ici le doute
hyperbolique immortalisé par Descartes et supposons qu'à
l'opposé le Professeur s'acharne à maintenir ce qui serait
son erreur. Alors, juste ciel, sa défense comportera
nécessairement des lacunes graves; ses arguments révéleront
leur faiblesse misérable; il sera contraint de risquer des
interprétations fallacieuses de documents; on relèvera des
omissions coupables, voire (horresco referens) des
falsifications de pièces. Nous n'avons, grâce aux dieux,
assisté à rien de semblable, et pourtant, c'est la faute que
la Ligue impute au Professeur en se gardant bien de
localiser, nous le verrons en détail, les falsifications
qu'elle dénonce.
Examinons, il le faut
maintenant, comment l'honorable Ligue s'est comportée devant
le tribunal à l'égard de ses propres preuves. Arguant d'une
abondance inépuisable de preuves qui seraient en sa
possession, elle a extrait sur les indications de M. G.
Wellers ce qu'elle considérait à l'époque comme une
pièce à conviction, certes unique, mais supputée suffisante
en raison de sa limpidité diamantine: le journal du médecin
SS J.-P.
Kremer. Pour plus de sûreté, elle y adjoignit une
seconde pièce: les aveux dudit
Kremer. Le diamant, terni par les critiques textuelles
du professeur dans son Mémoire en défense, fut
obscurci par les précisions linguistiques de J.-G.
Cohn-Bendit et lorsque ce dernier retrouva les rétractations
de
Kremer, le joyau perdit ses derniers feux.
Doit-on tenir pour épuisé le
trésor diamantaire de la Ligue? Nous ne le savons pas en
toute certitude, mais force nous est de constater que la
Ligue honorable manifeste depuis lors une sourde résistance
à soumettre de nouveaux solitaires à l'examen de la justice
et des historiens.
D'un strict point de vue
argumentatif, la situation présente se résume dans le
raisonnement suivant qui est un syllogisme aristotélicien (I.E.O.)
- majeure: la rumeur
dit que des chambres à gaz homicides ont existé; (I)
- mineure: mais les
preuves qu'on apporte à l'appui de la rumeur se
révèlent, l'une après l'autre, illusoires; (E)
- conclusion: donc, à
tout le moins, ces chambres-ci n'ont pas existé; et
en l'absence de tout document nouveau et irréfutable,
il est raisonnable d'inférer qu'il n'y a pas eu du
tout de chambres a gaz (O),
(ce qui laisse entier le problème de la
représentation "chambre de mort" dans les
consciences).
Les choses en étaient là
quand se propagèrent dans les milieux intellectuels, des
théories prodigieuses. L'un élucubra un argument merveilleux:
d'autres se drapèrent dans la position du célèbre
procurateur romain; les derniers en désespoir de cause
aventurèrent un diagnostic sur la santé mentale du
Professeur. Avant que de nous engager dans la sévère lecture
des conclusions, ne négligeons pas le délassement spirituel
que nous procurent ces supputations savantes.
Un éminent universitaire
donc, dans les colonnes respectables du Monde, se fit
fort, en utilisant la méthode réputée hyper-critique, prêtée
au Professeur, de pulvériser la réalité historique de la
guerre de 1914-1918. Examinons cependant la proposition
suivante: "mon grand-père a été gazé à l'ypérite. Il est
mort après la guerre des suites de ce gazage." Ce témoignage
est loin d'être une preuve suffisante. Le travail critique
de l'historien devra rechercher et vérifier les documents
concernant la date du décès, la pension d'invalidité, le
lieu de la blessure... S'il vérifie tout cela, la réalité de
la Grande Guerre, loin de s'évanouir, ne prendra-t-elle pas
une épaisseur concrète croissante, sans qu'il soit besoin de
chercher d'autres preuves? En revanche, l'étude de n'importe
quel témoignage relatif aux chambres homicides conduit, au
fur et à mesure des vérifications, à une perplexité
grandissante devant la désintégration des documents et
témoignages qui prétendent en établir l'existence. La
critique ne dissout pas le vrai, elle l'établit et le
conforte; mais elle dissout le faux. Comme le disent les
philosophes: verum index sui et falsi, le vrai s'indique
lui-même et il indique le faux. La sophistique peut certes
faire diversion et parer le faux des couleurs bigarrées de
la vérité, mais elle le fait de facon éphémère car
l'inévitable fragilité du sophisme ne peut longtemps
déployer ses charmes sans donner à voir, un jour ou l'autre,
les dessous éventrés de sa nature sophistique.
Passons aux autres. A
l'issue d'un colloque tenu à huis clos, Monsieur Raymond
Aron a énoncé deux choses. La première peut se résumer
ainsi: s'il n'existe pas de preuves documentaires du
génocide, il demeure cependant vraisemblable que
l'extermination ait été délibérée, décidée et organisée.
Quoi qu'il en soit, et c'est la seconde chose, les procès de
sorcières l'irritent. L'auditeur de la conférence de presse
aura pu constater des progrès notables par rapport à la
théorie hypercritique de l'universitaire précédent.
Raymond
Aron ne s'obnubile plus sur la preuve matérielle et
passe à la question suivante: il se fait un observateur
éclairé de ceux qui s'acharnent à la produire. L'éminent
sociologue est ici apaisant et il a raison. Peut il
cependant se contenter de tenir pour seulement vraisemblable
une décision comportant un si grand nombre de conséquences
pratiques? Il passe outre à cette difficulté qui, pour un
historien, est une muraille. Plus encore, il laisse entendre
que, d'une facon générale, ce qui authentifie les faits
historiques, même très importants, relèverait de la seule
logique du vraisemblable. S'il en est ainsi, Raymond
Aron, qu'en est-il alors de l'histoire? La réponse ne
peut être que celle-ci: l'histoire est inéluctablement une
grandiose commémoration sans fondement vérifiable qui
s'interprète indéfiniment et dont le souci n'est plus de
s'informer de ce que les historiens considèrent comme faits
historiques.
Quant au juste et courageux
dédain pour les procès de sorcellerie, dont Raymond
Aron témoigne, il appelle cependant une précision: de
sorcières il n'y a pas en effet. C'est, du moins, ce
qu'établit l'analyse anthropologique de la sorcellerie
européenne. Mais ce qu'elle confirme aussi, c'est que les
ensorcelés existent bel et bien. Ne serait-ce point eux qui
contraignent Raymond
Aron à aventurer ce concept invraisemblable?
Ces ensorcelés, que tout
débat effraie, jettent des sorts médicaux et profèrent des
imprécations millénaires. Ils répandent que Robert Faurisson
ne va pas très bien; entendez: de la tête. Il est,
disent-ils, vraiment impossible de discuter avec lui; il est
irascible; il s'emporte sur des détails. On ne le rencontre
donc pas. Davantage, on l'évite; mieux, on recommande de
l'éviter; on ne le lit pas et l'on en vient à cette
effronterie: ces dispositions calamiteuses seraient
commandées chez le Professeur par une malveillance foncière,
involontaire et incoercible envers les tentes d'Israel!
Trop, c'est trop!
Que les personnes qui
auraient un louable souci pour la santé mentale d'un
chercheur, qui dans l'exercice de sa profession a rencontré
des adversaires redoutables, se rassurent: le Professeur va
bien.
Mais quid de cette
sollicitude diagnostique? Ne révélerait-elle pas le souhait
déguisé d'un sombre pronostic?
Les secourables bontés
thérapeutiques, les fastes intempérants du vraisemblable,
l'admirable fiction d'une prétendue méthode hypercritique
qui dissoudrait magiquement le vrai, tout ceci n'était
qu'évasion vaine et agréable devant le problème considéré.
On pensait ainsi détourner l'attention par des insultes et
des exégèses piquantes pour enlever a priori toute
pertinence aux arguments spartiates du Professeur, pour
rendre dérisoires ses humanités, pour suppléer un temps à
l'argumentation et aux documents imminents.
Hélas, confrontée à la
liquéfaction incessante et douloureuse de ses preuves, la
Ligue, au lieu d'y trouver la révélation d'une méthode
historique éprouvée, ne vit là que motifs à s'irriter, et se
plut encore à des imaginations, cette fois, quasi
hallucinatoires. Bien qu'elle ait pu constater la capacité
prodigieuse du Professeur de transsubstantier les diamants
qu'elle produisait en verre, elle garda malgré tout sa foi
entière en d'autres diamants putatifs qui, à l'abri du jour,
s'épargnent d'éventuelles et pénibles métamorphoses.
C'est la méconnaissance du
dossier historique, adornée d'une anthologie d'obstinations
variées, scandée par d'opiniâtres hésitations, qui ont
transformé un simple pas de clerc en une authentique Affaire.
Pour qu'une affaire soit devenue l'Affaire, il aura fallu la
logique implacable dont la Ligue a fait preuve au cours du
procès. Cette logique consiste essentiellement en une
disputatio avec une école historique que la Ligue déclare
indigne d'exister, sur un sujet dont elle proclame avec
hauteur qu'il ne saurait constituer l'objet d'aucune
disputatio.
Qui s'étonnera que cette
syllogistique inattendue ait donné des résultats aussi
réjouissants?
Pour l'heure, la Ligue
préférerait sans doute oublier l'imputation de falsification.
Elle se contenterait de la confirmation du jugement obtenu
en première instance, à savoir: que cette vérité fût
coupable et imprudente à dire. Ceci lui suffirait pour
continuer à répandre allégrement le faux dans le meilleur
des mondes vraisemblables où le Professeur serait un menteur.
Venons-en à l'âpre texte des
conclusions. Si nous laissons de côté les attendus
techniques portant sur la recevabilité des demandes,
l'argumentation de la Ligue s'attache à énumérer: "les
fautes commises par Monsieur Faurisson au sens des articles
1382 et 1383 du code civil". Les voici:
- art. 1382. Tout
fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un
dommage, oblige celui par la faute duquel il est
arrivé, à le réparer.
- art. 1383. Chacun
est responsable du dommage qu'il a causé non
seulement par son fait, mais encore par sa
négligence ou son imprudence.
Les fautes imputées au
Professeur sont distribuées sous quatre chefs:
1. mise à l'écart d'un
certain nombre de sources judiciaires importantes
d'origine polonaise, autrichienne, allemande et
francaise, ainsi que de témoignages;
2. omission de documents
importants qui vont à l'encontre de la thèse du
Professeur;
3. dénaturation de
textes;
4. interprétations
techniques fallacieuses.
Après avoir pris
connaissance du contenu de ces imputations, le lecteur
constatera qu'en dehors du quatrième et dernier point, la
Ligue ne fournit aucune démonstration à l'appui
d'accusations accablantes. L'imputation de dénaturations de
textes n'est étayée sur aucune référence précise à l'endroit
aussi bien du texte dénaturé que du texte dénaturant qui
permettrait à la Cour de constater le fait de la
dénaturation.
Quant aux omissions ou mises
à l'écart, la Ligue affirme par exemple: "attendu qu'il
s'avère et qu'il est prouvé que..." (p. 7, al. 9). "Il
s'avère"? Comment? Où? En vertu de quels critères? "Il est
prouvé"? Au moyen de quelles preuves? La Ligue ne daigne
étayer aucune de ces affirmations mais n'hésite pas à
réitérer des assertions dont la fausseté a été admise par
les spécialistes mêmes sur lesquels elle s'appuie. Elle se
réfère tranquillement à des documents dont le caractère
apocryphe a été démontré dans le cours même de la procédure.
Qu'elle ait cependant obtenu
la condamnation du Professeur en première instance pose donc
un problème considérable même si le tribunal n'a pas suivi
la Ligue dans ses conclusions et s'il est resté évasif dans
la définition des imprudences qu'il reproche au Professeur.
Pour décrire ce troublant phénomène judiciaire, un
anthropologue est contraint d'émettre l'hypothèse suivante:
les lourdes accusations lancées par la Ligue
n'auraient-elles pas exercé un tel effet d'incantation ou
d'intimidation que le tribunal n'a pas pu exiger les
justifications élémentaires qu'il aurait réclamées en toute
autre accusation, ainsi qu'il était de son devoir de le
faire?
Le tribunal n'a-t-il pas
confusément pressenti que la simple application des règles
normales de la procédure judiciaire conduisait à la rupture
du consensus religieux qui entoure ces questions et n'a-t-il
pas alors reculé devant la toute-puissance du sacré?
Essayons de dégager les
ressorts essentiels de la controverse.
1. -- Commencons
par les "interprétations techniques fallacieuses".
En ce qui concerne la
crédibilité des aveux de
Hoess et les avis de Monsieur Truffert, le Professeur
fournit dans ses propres conclusions des éclaircissements
auxquels il n'est besoin d'ajouter qu'une simple remarque:
ils nous révèlent la singulière facon dont l'un des avocats
de la Ligue prétend s'enquérir des faits auprès d'un expert.
La lettre de Me Korman vise à obtenir un document revêtu de
l'autorité de l'expert, susceptible d'être utilisé dans un
procès contre le Professeur. Elle ne constitue guère une
tentative d'obtenir une réponse claire à la question
technique effectivement posée. Nous sommes pourtant au coeur
du sujet: des gazages homicides de masse sont-ils
matériellement et techniquement possibles, par exemple dans
le local présenté comme une chambre à gaz homicide par la
Ligue, la Leichenkeller 1 du kréma ii? Et notamment,
était-il possible de pénétrer sans masque à gaz dans ce
local pour y manipuler, sans précaution particulière, des
milliers de corps gazés? Répondre à ces questions techniques
par l'autorité généralement accordée aux aveux de
Hoess, c'est précisément suppléer à l'argument technique
par un argument d'autorité.
En quatre ans, cette
question n'a pas obtenu de réponse satisfaisante en dépit de
nombreuses tentatives. Dans son livre Les Chambres à gaz
ont existé Monsieur Georges
Wellers fait justement remarquer que la température des
cadavres supérieure à 26°, point d'ébullition du HCN,
éliminait la rétention de gaz par condensation, ce qui est
vrai, mais il n'a pas traité de la dissolution du HCN dans
la transpiration et les humeurs, de l'adhérence du HCN, des
poches de gaz entre les corps entassés, de la rétention par
capillarité, de la condensation sur les parois de béton, en
hiver notamment, ni de la condensation provoquée par
l'aération même lorsque la température de l'air est
inférieure à 26°. Aucune explication n'a été fournie sur la
possibilité de ventiler une pièce remplie de cadavres dont
le système de ventilation est connu, mais banal et très
insuffisant, alors que dans les chambres à gaz homicides
américaines, la présence d'un extracteur très puissant ne
dispense pas de la nécessité de laver soigneusement le corps
de l'unique condamné en prenant des précautions
particulières (masque à gaz, tablier de caoutchouc, gants de
caoutchouc), alors qu'il n'y a pas d'obstacle comparable à
la circulation d'air, et que la température du cadavre est
là aussi supérieure à 26°.
Si ces problèmes matériels
et techniques ont en effet connu une solution pratique,
celle-ci doit exister. Il faut bien cependant constater que
les témoignages d'hommes comme
Hoess ou
Gerstein, censés être des techniciens du gazage de masse,
alors mêmes que leurs aveux sont prétendus spontanés et
coopératifs, donnent des gazages une description sommaire,
simpliste et tout simplement irréelle. Ne doit-on pas en
déduire que la représentation qu'ils s'en font au moment où
ils écrivent ne procède pas d'une expérience véritable?
En se refusant à entendre
ces questions, en les refoulant, en opposant l'argument
d'autorité à des interrogations de nature strictement
technique, n'y a-t-il pas "interprétation technique
fallacieuse"? De même, en se référant à une aération magique,
sans étudier les capacités réelles de l'installation de
ventilation?
Ni la Ligue, ni M.
Wellers ne montrent en quoi les interprétations
techniques du Professeur seraient fallacieuses. L'une et
l'autre affirment qu'elles sont fallacieuses puisque les
gazages ont existé.
La traduction de
Vergasungskeller, dans le document du 29 janvier 1943
mérite un commentaire particulier. La Ligue, dans ses
écritures de justice, affirme de facon péremptoire que le
terme "Vergasungskeller" se traduit par "cave de
gazage", ce qui, dans son esprit, impliquerait gazage
homicide. Les preuves abondent pourtant que les Allemands
utilisaient le mot "Vergasung" pour désigner des
gazages de désinfection. "Vergasung" peut signifier,
selon le contexte, soit "carburation", soit "gazage". Le mot
"carburation" peut recouvrir des réalités diverses, selon
qu'il s'agit d'un carburateur de voiture, ou de
l'appareillage décrit dans les notices techniques d'un
constructeur de crématoires, et destiné à préchauffer le
mélange gazeux admis dans le four à l'aide des gaz chauds
recueillis à l'arrière du four. Le mot "gazage" également
peut signifier soit un gazage de désinfection, soit un
gazage homicide.
Dans Le Monde
du 16 janvier 1979, le Professeur avait protesté contre
l'utilisation téméraire de ce document et contre la
traduction abusive par "cave de gazage" au sens de gazage
homicide. Il écrivait: "... dans la lettre qu'on me cite du
29 janvier 1943 (lettre qui ne porte même pas l'habituelle
mention de "Secret") Vergasung ne signifie pas "gazage"
mais "carburation". Vergasungskeller désigne la pièce
en sous-sol où se fait le mélange gazeux qui alimente le
four crématoire."
Dans sa tentative de réponse
(Les Chambres à gaz ont existé), Georges
Wellers ne conteste nullement que le mot "Vergasung"
puisse, dans certains cas, signifier "carburation", ni que
les crématoires puissent être équipés de cet appareillage
identique à celui des fours Siemens, ni le fait que, lorsque
cet appareillage est installé en sous-sol, les notices
techniques utilisent le terme "Vergasungskeller" pour
désigner aussi bien l'appareillage lui-même que la pièce en
sous-sol qui le contient. Contrairement à la Ligue, Georges
Wellers a entendu l'objection, il l'a comprise. Et il a,
face a l'objection, une attitude partiellement scientifique.
Il se refuse à créer la chose à l'aide du mot. Il prend
l'avis d'un technicien des fours, il se renseigne sur les
contraintes matérielles d'une telle installation, et
démontre ainsi que la "Leichenkeller 1" du plan ne
peut pas avoir été une "Vergasungskeller", au sens où
le professeur prétend le traduire: "cave de carburation". Sa
démonstration est probante, à ceci près que le professeur
n'a jamais prétendu dans son article du Monde qu'il
identifiait la "Vergasungskeller" avec la
Leichenkeller 1. Ni le SS Hauptsturmfuehrer, auteur de
la lettre, ni le Professeur ne donnent la moindre indication
qui permette de localiser et de préciser l'emplacement de
cette "Vergasungskeller". A plus forte raison, rien
ne permet de l'identifier à la Leichenkeller 1 et
d'attribuer cette identification, comme une évidence, soit à
l'auteur de la lettre, soit au Professeur.
Ce que l'on sait, en
revanche, c'est qu'au moment où la lettre est écrite --
janvier 1943 -- l'installation n'est pas réalisée. On peut
donc penser que l'auteur de la lettre désigne par "Vergasungskeller"
l'emplacement en sous-sol prévu pour recevoir ces
installations et, à ce moment, vide. S'agit-il de la pièce
en sous-sol désignée sur le plan de Leichenkeller 3,
et qui connaîtra finalement une autre destination, ou d'un
espace non identifié clairement sous la salle des fours
elle-même?
Ces installations complexes
et de haute technicité pour l'époque n'ont finalement pas
été réalisées; non plus que les générateurs latéraux
indiqués sur certaines notices de la firme Topf und Soehne
et prévus initialement sur le plan. En fait, n'ont
finalement été installés que des ventilateurs latéraux plus
sommaires destinés à augmenter le tirage des cheminées. Dans
l'ensemble, la réalisation matérielle des Krémas II et III,
fin 1942-début 1943, est plus sommaire que les plans concus
en 1941-1942 ne le prévoyaient. La capacité de crémation des
fours s'en est trouvée réduite d'autant.
Dans l'état actuel des
recherches documentaires et archéologiques, aucun
spécialiste n'est encore parvenu à fournir une localisation
entièrement satisfaisante de cette "Vergasungskeller".
Or, cette localisation est nécessaire pour arrêter une
traduction définitive de ce terme.
Notons cependant que,
contrairement à la Ligue, Monsieur
Wellers ne refuse pas a priori le sens proposé par le
Professeur. Ayant identifié une fois pour toutes et sans
preuve la "Vergasungskeller" de la lettre et la
Leichenkeller 1 du plan, il fait intervenir des
arguments techniques pour prouver que cette Leichenkeller
1 ne peut en aucun cas avoir été une cave de carburation, ce
qui, répétons-le, semble évident et n'avait jamais été
envisagé par personne d'autre que lui. Il en conclut que le
mot "Vergasung" ne peut donc, dans ce cas, être
traduit par "carburation". Reste le sens "gazage" que, dans
son livre, il interprète aussitôt au sens de gazage homicide.
Il en conclut que la Leichenkeller 1 est une chambre
à gaz homicide. Le mot "Vergasung" crée la chose.
Mais, dans une lettre du 24
mai 1982 adressée au Bulletin des Amis de Paul
Rassinier, M. G.
Wellers prend la peine d'éliminer l'interprétation "gazage
de désinfection" que personne n'avait suggérée. Là encore,
il a une attitude partiellement scientifique. Il se refuse à
admettre que le mot suffise à créer la chose, il se
documente concrètement sur la chose elle même. Voici ses
propres termes:
"..., il serait bon de
préciser tout de suite, à l'intention des lecteurs de
Monsieur Faurisson, que cette suggestion ne tient pas
debout. En effet, dans une lettre datée du 28.5.1942, la
firme "DEGESCH", constructeur des chambres de
désinfection dans les camps de concentration nazis,
répond par la négative à une commande de chambres de
désinfection de 75 mètres cubes, parce que cela présente
de très grosses difficultés techniques par rapport à la
fabrication de chambres de désinfection habituelles de
25 mètres cubes, et déclare impossible l'aménagement des
chambres de désinfection de 200 mètres cubes. Alors, il
est évident que dans le cas d'une chambre de 506,10
mètres cubes, son aménagement en chambre de désinfection
est hors de question ".
Les arguments de Monsieur
Wellers semblent ici corrects, sauf à supposer que la
Leichenkeller 1 (210 mètres carrés x 2,41 mètres =506,10
mètres cubes) était divisée par des cloisons et comportait
des installations sur lesquelles nous n'avons pas le moindre
élément d'information. Mais comment peut-on, après avoir
valablement démontré que la Leichenkeller 1 du plan
ne peut avoir été ni une cave de carburation ni une cave de
désinfection conclure qu'il s'agit nécessairement d'une
chambre à gaz homicide, sans nous expliquer pourquoi les
sévères contraintes techniques évoquées par la DEGESCH
disparaissent magiquement dès lors qu'il s'agit de gazer des
hommes? N'y a-t-il pas ici "interprétation technique
fallacieuse"?
Nous avons dû nous écarter
des écritures judiciaires et du texte des conclusions pour
informer le lecteur d'une petite partie des débats qui se
poursuivent sur le sujet hors des prétoires et dont la Ligue
ne tient aucun compte alors même que les auteurs dont elle
tire ses certitudes y participent. La Ligue, elle, refuse le
débat et veut le bloquer par une décision judiciaire.
S'appuyant sur un avis d'expert déposé au tribunal et signé
de Monsieur
Borten, traducteur assermenté honoraire, la Ligue
prétend péremptoirement que "Vergasungskeller"
signifie "cave de gazage" et que "cave de carburation" ou "cave
de gazéification" seraient des fantaisies arbitraires,
linguistiquement impossibles. Dans un autre avis d'expert
que la Ligue mentionne à l'alinéa suivant, le même Victor
Borten prétendait que le mot "Leichenkeller"
n'existait pas en allemand, qu'il s'agissait d'un mot en
usage exclusivement parmi les dirigeants nazis chargés de
l'extermination pour désigner une réalité criminelle. Cette
manière d'interpréter un document (en l'occurrence le plan
du Kréma II, publié pour la première fois par le Professeur
dans le livre
Vérité historique ou Vérité politique? de Serge
Thion, où figure le mot "Leichenkeller" là où Victor
Borten s'attendait a trouver "Gaskammer",) fait penser
au test bien connu des psychologues et qui consiste à
présenter à un patient une planche de taches d'encre et à
lui demander de décrire ce qu'il voit. Les descriptions
renseignent davantage sur leur auteur que sur les taches.
Dans ses conclusions, le
Professeur rapporte de multiples preuves d'utilisation, en
dehors de tout contexte criminel, du mot "Leichenkeller".
Faut-il ajouter qu'en 1974 la municipalité de Berlin a
inauguré un crématoire doté d'une "Leichenkeller" de 500
places, dont la construction a commencé en 1978, le projet
décidé en 1969 sur des études préliminaires remontant à 1965
et l'idée première à 1963? Le mot "Leichenkeller"
figure bien sur les plans et dans les notes techniques.
II. -- Venons aux
"dénaturations de textes" reprochées au Professeur.
Il n'échappera pas au
lecteur que les deux attendus de la Ligue sont d'un
laconisme surprenant. Le Professeur aurait ainsi dénaturé le
journal de
Kremer sans que l'on sache où et comment puisqu'aucune
référence n'est fournie. Le lecteur désireux de vérifier les
affirmations de la Ligue sera donc contraint de tout lire et
de comparer sur ce sujet les écrits nommés avec ceux du
Professeur. Il constatera d'abord que ce dernier n'a rien
commis d'aussi inconvenant. Il remarquera à l'opposé que le
Professeur cite avec scrupule les documents et les arguments
susceptibles d'étayer la thèse de ses adversaires et qu'il
présente sa propre argumentation en prenant le soin constant
de différencier l'élément documentaire de l'activité
interprétative. Si, d'aventure, venait au lecteur l'idée de
poursuivre la comparaison, il serait contraint de découvrir
que d'immortels écrits, émanant d'historiens éminents tels
que MM.
Poliakov,
Wellers,
Klarsfeld, etc. comportent en effet des dénaturations de
textes.
Ainsi, les textes présentés
par la Ligue ont bel et bien été adultérés.
III. -- Abordons
maintenant les omissions
reprochées au
Professeur
Une confrontation avec les
réponses de l'accusé fait apparaître ici un mécanisme
similaire. La Ligue se révèle imprudente dans ses
accusations. Elle se réfère à des documents dont elle est
seule à croire encore qu'ils existent et va jusqu'à
attribuer à
Eichmann l'établissement d'un prétendu procès-verbal de
la réelle conférence de
Wannsee, et ce, contre l'opinion de tous les
spécialistes.
IV. -- Il reste,
enfin, les sources judiciaires écartées.
Les deux derniers attendus
méritent qu'on s'y arrête. Le Professeur y est accusé
d'écarter en "quelques mots et sans plus s'expliquer
sérieusement" les témoignages des "rares rescapés des
sonderkommandos"; il lui est ensuite reproché d'écarter "également
sans aucune explication" les "témoignages et récits" de cinq
"exécutants SS",
Hoess,
Kremer, Entress,
Broad et
Gerstein. Or le Professeur s'est expliqué sur chacun de
ces cas, y compris dans des documents et des pièces adressés
à la Ligue, et fournis à la justice. Certains de ces
témoignages et récits ont fait l'objet de critiques
exhaustives de la part d'autres historiens. Le Mémoire
déposé au tribunal est principalement consacré au témoignage
de
Kremer. Les récits de
Gerstein ont fait l'objet de réserves aussi bien du
Professeur que d'historiens qui lui sont hostiles. Quant au
récit de Pery
Broad, démenti par son auteur, il raconte un gazage dont
il aurait été témoin, vu de l'intérieur de la chambre
homicide, en adoptant le point de vue et les sentiments
d'une victime! Plus aucun historien, digne de ce nom,
n'accorde le moindre crédit au "témoignage" de
Broad, qui semble beaucoup devoir aux soins attentifs
des services britanniques.
Ainsi, en deux alinéas, la
Ligue commet-elle les imprudences fautives qu'elle reproche
au Professeur, en révélant l'extrême fragilité des sources
sur lesquelles elle entend asseoir sa certitude.
Dans l'alinéa suivant, la
Ligue, que rien n'arrête, reproche au Professeur d'avoir "au
surplus omis, par une négligence coupable, de mentionner des
documents importants allant à l'encontre de sa thèse". La
Ligue fait cette fois preuve d'une prudence trop facilement
remarquable, en ne mentionnant aucun des documents
prétendument omis. Faut il rappeler que la Ligue n'a jamais
mentionné aucun document allant à l'encontre de sa propre
thèse? Qu'elle n'a jamais mentionné de travaux critiques
qu'en les dénaturant? Qu'elle n'a jamais cité les opinions
des historiens sur lesquels elle s'appuie par ailleurs
lorsque ces opinions s'écartaient un tant soit peu de la
version des faits qu'elle entendait édifier? L'insaisissable
Ligue n'a-t-elle pas omis de mentionner enfin dans ses
écritures judiciaires les documents probants fournis par le
Professeur et déposés au tribunal?
Cette série d'imprudences
laisse transparaître le vague soupcon qui hante les ligueurs:
tout bien battu et rebattu, le Professeur ne serait-il pas
le dépositaire du savoir sur l'affaire?
Car enfin, les historiens
montrés du doigt pour "révisionnisme" ne sont-ils pas
obligés (il faut bien préserver son droit de vivre) de
consacrer l'attention la plus minutieuse aux arguments et
aux documents fournis par leurs accusateurs?
Aucun document n'a donc été
omis, ainsi que les covenants veulent le faire accroire.
Mais que penser, dès lors, d'accusateurs assez impitoyables
pour pousser l'ébriété de leur logique jusqu'à laisser
entendre dans leurs affirmations que l'accusé négligerait
leurs preuves, alors qu'un seul de leurs documents, s'ils
daignaient enfin le produire, déferait la thèse du
Professeur?
Nous commencons à comprendre.
L'on croit de bonne foi quelque rumeur, errare humanum est;
l'on y adhère par sympathie; l'on s'y habitue par crainte de
faire de la peine à ceux qui s'y sont attachés; l'on
commence cependant à déchiffrer chez l'incrédule les
défaillances de raisonnement que véhicule la rumeur; avec le
temps, les raisons de l'incroyant agacent, car
inconsciemment l'on a peur de s'être trompé. Perseverare
diabolicum: il reste l'impérieuse obligation de
bâillonner l'adversaire pour transformer une simple censure
collective en refoulement définitif; le problème n'existe
pas puisque l'on n'en parle plus; et comme l'on n'en parle
plus, il n'a jamais existé.
Le procédé est simple,
efficace et sans embarras.
L'expérience psychanalytique
permet d'élucider ce phénomène dans lequel le message issu
d'une culpabilité refoulée dans l'inconscient revient vers
son émetteur mais "sous forme inversée", selon la
formulation conjointe de Cl. Lévi-Strauss et J. Lacan.
Qu'est-ce à dire? La Ligue, de bonne foi, dit ce qu'elle
refoule, en croyant l'identifier chez l'adversaire qu'elle
accuse. La critique de la preuve lui renvoie cette
accusation de falsification dont elle est inconsciemment
coupable. Une alternative se présente alors ici. Ou bien
l'émetteur du message entend ce qu'il disait malgré lui dans
ses propos inconsidérés et le reconnaît noblement pour que
commence le dialogue; ou bien il n'entend rien, ni de ce
qu'il dit malgré lui, ni par conséquent ce que dit
l'adversaire et persiste à marcher sur l'eau. Dans la
première hypothèse, le fait d'entendre ce qu'elle disait
malgré elle, quoiqu'avec un temps de retard, permettrait à
la Ligue de couper les lauriers. Ce serait pour elle le
temps de conclure sur ce qu'elle désire et veut en vérité.
Elle reconnaîtrait s'être d'abord méprise sur la nature du
mystère; elle avouerait s'être inquiétée à tort; tout ceci
vaudrait pour amende honorable, puis elle entrerait, de
bonne grâce, dans le débat. Dans la seconde hypothèse: pour
maintenir son accusation, la Ligue -- ces conséquences sont
inéluctables -- doit se résigner à la falsification
consciente et volontaire, au mensonge officiel.
Plutôt que de se laisser
entraîner vers ces horizons, il est probable que chacun pour
soi, de près ou de loin, sera touché par l'effraction de
cette vérité dans l'histoire familiale et collective qui le
relie aux siens et à un Etat qui n'est pas ici sans
responsabilités.
C'est la question
essentielle, lecteur, que nous te laissons.
Pour ce qui concerne la
qualité de la vie civile, nous pensons qu'il est grand temps
de rétablir le respect que mérite l'histoire qui est
interprétation de faits vérifiables, ainsi qu'il est de
règle depuis Thucydide.
L'histoire documentaire est
ce bien universel qui rassemble les peuples et sans lequel
nos oreilles bourdonneraient encore à la répétition infinie
de récits ancestraux et inconciliables.
Le temps de
conclure est venu.
Que l'outrecuidante Ligue se
moque des faits, nous l'avons démontré avec les précisions
nécessaires pour que le lecteur puisse le constater.
Que la Ligue méprise les
autres, c'est ce qu'elle manifeste par le peu de cas qu'elle
fait des historiens et par l'impolitesse sans rivage avec
laquelle elle traite les arguments de son adversaire élu.
Rappelons ici une
déclaration publiée dans Le Monde par trente-quatre
historiens, le 19 janvier 1979. Elle se terminait sur ces
phrases:
"Il ne faut
pas se demander comment, techniquement, un tel meurtre
de masse a été possible. Il a été techniquement possible
puisqu'il a eu lieu. Tel est le point de départ obligé
de toute enquête historique sur ce sujet. Cette vérité,
il nous appartenait de la rappeler simplement: il n'y a
pas, il ne peut y avoir de débat sur l'existence des
chambres à gaz."
La cause de tout ce tumulte,
c'est ici qu'il convient d'aller la chercher. Car enfin, les
véritables responsables, ce ne sont pas le Professeur, ni
quelques cohortes étiques d'un nazisme hyper-réaliste, et
pas davantage la Ligue. Non, les vrais coupables, ce sont
ces profs dans la foi et la notoriété desquels s'enracine la
frénésie de la Ligue.
Où en sont, trois ans plus
tard, ces Incroyables?
Le 21 avril 1982 a été
fondée l'ASSAG
(Association pour l'étude des Assassinats par Gaz).
L'association se propose de "rechercher et contrôler les
éléments apportant la preuve de l'utilisation des gaz
toxiques par les responsables du régime national-socialiste
en Europe pour tuer les (sic) personnes de différentes
nationalités; contribuer à la publication de ces éléments de
preuve; prendre à cet effet tous les contacts utiles au plan
national et international." Parmi les membres fondateurs,
figurent Madame Renée Aubry, chef de cabinet du ministre des
Anciens Combattants; M. Jean-Louis Crémieux-Brillac,
Directeur de la Documentation Francaise; M. Jacques Delarue,
commissaire divisionnaire honoraire au ministère de
l'intérieur; M. Augustin Girard, Directeur d'un département
au ministère de la Culture; M. Pierre
Vidal-Naquet, "historien-auteur notamment d'une étude en
réponse aux affirmations faurissoniennes"; Me Bernard
Jouanneau, "avocat du comité d'Action de la Résistance
dans le procès Faurisson en 1981 à Paris[(1)];
M. Jean-Pierre Faye, "écrivain -- engagé dans la lutte
contre les thèses révisionnistes". On relève aussi les noms
de Mme Geneviève de Gaulle Anthonioz, de Mme Anise
Postel-Vinay, de M. Serge Choumoff, auteur d'un opuscule
intitulé: Les chambres à gaz à Mauthausen (1972); ce
dernier, en 1982 est présenté comme l'auteur "d'un ouvrage
sur la (sic) chambre à gaz de Mauthausen". Madame
Germaine Tillion préside l'association et M. G.
Wellers est vice-président.
Il s'agit en principe d'une
association privée, mais cette association envisage d'en
appeler aux fonds publics. Si l'on en juge par l'entregent
des membres fondateurs, il faut s'attendre à ce que le
citoyen finance la Quête désormais mystique de la Preuve.
N'est-il pas stupéfiant que ces historiens perdus aient
fondé une association pour rechercher et contrôler les
éléments apportant la Preuve qu'ils ont toujours proclamée
indubitable? Ne l'auraient-ils donc pas contrôlée avant
d'écrire leurs ouvrages? La fondation de l'ASSAG
n'apporte-t-elle pas un démenti transparent à leur
fracassante déclaration du Monde?
En suite de quoi, ils
organisèrent un colloque à huis clos et répondirent aux
arguments adverses par du vent, sans abandonner l'insulte
d'antisémitisme que l'inflation émousse. On admire déjà la
merveilleuse sociologie et l'anthropologie incroyable qui
s'élabore sur cet homme privé d'histoire.
Ces conduites puériles sont
indignes de personnes de qualité.
Il n'est pas de plus grand
danger que l'abandon de la rectitude de la pensée dont les
clercs ont la garde. Nous faudrait-il assister sans rien
dire à la disqualification publique et au déclin dès lors
inévitable d'une prestigieuse école historique dont le
Peuple francais s'honore à juste titre: I'Ecole des Annales? |