Et si le foulard
n’était qu’un divertissement destiné à l’opinion ?
Pendant qu’à droite et à gauche on s’excite à hauts cris
sur quelques dizaines de fillettes, le ministre de
l’Intérieur Sarkozy est au boulot.
Et là, on cesse brusquement de diaboliser l’islam pour,
cette fois, travailler avec.
La tentative de Sarkozy de créer de toutes pièces un
épiscopat musulman censé permettre un meilleur contrôle
sur la communauté (le Conseil français du culte
musulman, CFCM) a eu pour effet contre-indiqué
l’émergence d’un islam revêche, incarné par l’Union des
organisations islamiques de France (UOIF), pourtant peu
représentatif de la majorité des musulmans d’ici.
Le ministre voulait une structure à sa botte, il se
retrouve avec un nid de problèmes.
Dans une imitation un peu grotesque de la
« démocratie » militaire algérienne,
il impose alors à la présidence du CFCM le candidat qui
venait de se prendre une râclée aux élections
communautaires, marquées, il est vrai, par un fort taux
d’absentéisme : le recteur de la mosquée de Paris, Dalil
Boubakeur, un « modéré » qui a
surtout l’avantage d’entretenir d’excellentes relations
avec la place Bauveau et la préfecture de police.
Car c’était bien là l’enjeu de la manip’ : se garantir
des « interlocuteurs » qui
serviraient à la fois de relais, de collaborateurs et
d’indics.
L’affaire n’a peut-être échoué qu’en apparence.
Déjà, on rapporte que le ministère de l’Intérieur
(Sarkozy) « a engagé des relations de
confiance » avec l’UOIF (L’Express, 18/09).
Laquelle, en échange de cette
« confiance » sûrement pas gratuite, pourrait bien
appeler ses troupes à voter Sarkozy aux prochaines
élections.
Si certains jeunes veulent croire en un
« islam politique » et contestataire, on est, avec
ces dignitaires-là, très loin de Malcolm X.
Les responsables "musulmans", à la fois
repoussoirs et supplétifs de police
Quoi qu’il en soit, l’utilisation des
autorités religieuses locales comme supplétifs du
pouvoir est déjà bien amorcée.
Les militants de quartiers sont les premiers à en subir
les conséquences : chaque fois qu’ils montent au front
d’une injustice ou d’un crime policier, ils trouvent les
« bu-bars » sur leur route.
Exemple : en novembre 2001, des associatifs tentent de
mobiliser les habitants du Val-Fourré, à
Mantes-la-Jolie, pour qu’ils viennent assister au procès
à Versailles de Pascal Hiblot, le policier qui avait tué
le jeune Youssef Khaïf d’une balle dans le dos dix ans
plus tôt. « Des hommes proches de la
mosquée sont venus nous dire qu’on avait tort d’être
solidaire avec la famille Khaïf, témoigne un habitant du
quartier, membre du MIB. Ils ont dit que si Youssef est
mort, c’est parce que Dieu l’a voulu. Normal : la
mosquée de Mantes appelle à voter Pierre Bédier
[maire de Mantes et ministre des programmes immobiliers
de la justice]. »
Autre exemple, plus frappant encore : Dammarie-les-Lys.
Durant l’été 2002, un habitant de cette cité de
Seine-et-Marne, Mohammed Berrichi, meurt après sa prise
en chasse par la brigade anti-criminalité (BAC).
L’association de quartier « Bouge qui
bouge » organise alors une manifestation pour
réclamer justice.
La manif est pacifique et rassemble plusieurs centaines
d’habitants, dont beaucoup de jeunes.
Créée après le décès en 1997 d’un autre de leurs
voisins, abattu à 17 ans d’une balle policière dans la
nuque, Bouge qui bouge s’emploie depuis à mener
un « combat démocratique passant par la
parole et l’écrit », comme dit l’un de ses
fondateurs.
Résultat: le 24 juin 2002 à l’aube, deux cents policiers
déboulent sur le quartier pour perquisitionner les
locaux de l’association, soupçonnée de
« trouble à l’ordre public ».
Bilan : destruction de la photocopieuse, matraquage d’un
gamin de 12 ans et embarquement au poste de Kader
Berrichi, le frère de la victime.
Que font alors les autorités pour
« apaiser les esprits » ? Elles dépêchent sur place
les recteurs des mosquées d’Evry et de Dammarie, avec
pour mission de convaincre les jeunes en colère de prier
plutôt que de manifester.
Comme si, dans nos banlieues déclassées, un conflit
relevant de la chose publique ne pouvait être résolu que
par la chefferie traditionnelle, comme au bon vieux
temps des colonies. « En quoi un imam ou
un recteur de mosquée sont-ils qualifiés pour régler la
question politique qui est posée par les militants ? »,
s’interrogera le MIB.
Les exemples de ce genre sont légion.
Repoussoirs commodes lorsqu’il s’agit de désigner
quelques gamines à la vindicte publique, les dignitaires
"musulmans" sont aussi très appréciés pour le contrôle
qu’ils exercent - ou projettent d’exercer - sur les
« barbares » des quartiers.
A la mosquée, au moins, les jeunes ne dérangeront
personne. Et s’ils en ressortent un jour avec l’idée de
faire porter le voile à leur frangine, il sera toujours
temps de crier à l’intégrisme, de nommer une commission
des sages et d’envoyer le juif Alain Finkielkraut sur le
plateau d’Arlette Chabot.